• Comment transmettre nos valeurs aux enfants ?

    En cette période ou l'attention se focalise un peu plus sur les valeurs de la République - Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité, non-discrimination, ... - ou les enseignants, les parents, les éducateurs s'interrogent peut-être davantage sur la façon dont ils peuvent faire partager ces valeurs aux enfants, j'ai eu envie de vous faire part de mon expérience et de mon point de vue.

    Depuis 15 ans que j'exerce le métier d'éducateur et bien avant je pense dans mon rôle de père, il m'est très souvent arrivé de réfléchir à la bonne attitude à adopter pour que l'enfant soit sensible à mon discours éducatif et que je ne sois pas perçu, ou le moins possible, comme un moralisateur dont la devise serait "Fais ce que je dis et pas ce que je fais".

    Car finalement, je parle de respect de l'autre, de tolérance, de justice, de solidarité, mais l'enfant qu'entend t-il  et que voit-il ? Comment faire pour que cet enfant comprenne que les valeurs dont je lui parle sont essentielles pour vivre en paix ensemble, malgré nos différences ?

    Je m'arrête un instant sur "nos différences ". Sans qu'il y ait besoin de parler d'origine, de couleur de peau, de religion, de culture, ne nous leurrons pas, nous sommes différents sans cela. Par notre éducation, nos opinions, notre vécu, nos accidents (de vie), notre sensibilité, nos apprentissages, nos goûts, nos rencontres et j'en oublie tellement. Et je pourrais aussi parler de la manière dont chacun d'entre nous interprète et intègre une même valeur et l'utilise au quotidien.

    Je reviens à ma question initiale concernant les valeurs à faire passer à cet enfant.

    La politesse, le respect mutuel, l'égalité ( filles-garçons,...), la solidarité, tout cela est peut-être très (trop) éloigné de ce que vit cet enfant au quotidien en dehors d'ici. Peut-être qu'au delà de ce cadre, lorsqu'il tombe, on se moque de lui, on lui demande peut-être de taire sa douleur, peut-être que personne ne lui demande comment il va, peut-être lui dit-on que les femmes sont moins que les hommes, peut-être lui fait-on croire qu'il est tout puissant, que par la violence on peut obtenir beaucoup ? Et moi, je lui demande d'adhérer à des valeurs qu'il ne connait pas ou peu et qui s'opposent parfois même, à son système de pensée et d'éducation.

    Et si je lui faisais goûter à mes valeurs ? Si je lui montrais combien elles sont importantes pour son bien-être ? Si je lui démontrais que finalement, nous ne sommes pas si différents et que sur bien des besoins, nous nous retrouvons ?

    La mise en pratique par l'adulte encadrant des valeurs de la république dans le quotidien de l'enfant, au sein du groupe, de la classe, est , à mon humble avis, la meilleure des manières pour que cet enfant commence à se questionner sur le bien-fondé de ma démarche.

    S'il bénéficie de cette égalité, de ce respect, de cette tolérance dont je lui parle il se rendra plus facilement compte combien c'est important et, ... agréable pour lui.

    Je ne connais aucun enfant qui ne soit sensible à une main tendue, à la valorisation, à l'écoute, à la confiance, à l'estime, au respect. C'est à ce moment là que la sensibilisation est importante et qu'elle peut avoir le plus d'impact.

     

    Et soudain la liberté, l'égalité et la fraternité

    Est-ce que dans mon groupe, à travers mes pratiques pédagogiques je respecte les valeurs de la république ? Si oui, de quelle manière cela se concrétise pour les enfants dont j'ai la charge ?

    C'est peut-être difficile à entendre, et encore davantage à mettre en application, mais peut-on espérer sincèrement parvenir à convaincre des enfants que les valeurs de la République sont le ciment de notre société et les garants du vivre ensemble, si nous n'en apportons pas la preuve ici et maintenant ?

    Pour ma part, je suis convaincu que l'exemple, la mise en pratique sont les meilleures des pédagogies.  Cela dit, je reconnais combien cette méthode est contraignante. En effet, gare aux écarts de conduite volontaires ou non justifié.

    Pourtant en "m'imposant" à moi-même ce que je demande à l'enfant, je montre que cela est possible et combien c'est important pour moi. Il ne s'agit pas d'être irréprochable ou parfait, bien au contraire, montrer la façon dont nous acceptons nos faiblesses et comment nous admettons à l'autre que nous sommes faillibles est aussi une manière de dire nos valeurs.

    "Je ne suis pas Français"

    Après les attentats qui ont frappé la France en 2015, j'ai rencontré des enseignants, des animateurs qui me disaient leur colère face à des enfants de 10 ans qui avaient déclaré ouvertement, ces jours-ci : "Je ne suis pas Français". C'est troublant, certes, mais remettons les choses dans leur contexte et évitons de s'enflammer.

    Parlons à ces enfants, qui la plupart du temps agissent par provocation, par mimétisme, voir par colère, sans même penser au sens de leurs paroles. C'est à ce moment que la bienveillance de l'adulte doit être plus présente que jamais et que les questionnements doivent permettre à la parole de s'exprimer.

    Mais pour discuter avec ces enfants, encore faut-il être apaisé et serein. Lorsque l'adulte est dans l'interprétation, les préjugés, la leçon de morale, le rapport de force, voir le règlement de compte, il est rare qu'il en ressorte quelque chose de positif.

    Préparer le recueillement

    Certains enfants à l'école primaire, au collège, au lycée ont refusé de faire la minute de silence mettant très certainement dans l'embarras les enseignants, certains élèves mais aussi des parents. Là encore, il est essentiel de connaitre les motivations de ces élèves et de les questionner. La plupart d'entre eux ont une vision partisane et souvent déformée des attentats et ne sont très certainement pas au courant des circonstances, des conséquences et de la souffrance que cela a engendré dans les familles des victimes et au delà.

    Il est donc plus que nécessaire d'humaniser le débat. Afficher les photos des victimes dans la classe, écrire leurs noms, montrer et expliquer la souffrance des familles et préparer le temps de recueillement avec des paroles apaisantes et bienveillantes est absolument primordiale à mon sens.

    L'enseignant  peut annoncer, au préalable, à ces élèves qu'il y aura un temps de recueillement l'après-midi ou le lendemain. Ceux qui voudront participer se lèveront de leur chaise et feront quelques pas vers un lieu spécifique (dans la classe) préparé par les volontaires, avec les photos et les noms des victimes et quelques petits textes écrits par des élèves encore une fois volontaires. Les autres pourront rester assis dans le calme.

    J'ai éprouvé le besoin de proposer un document pour les enseignants et animateur qui souhaitent organiser ce temps de recueillement. Je me permets d'insister sur le fait que l'adulte doit-être apaisé et qu'il doit se sentir capable d'affronter des comportements récalcitrants. Il est aussi important de ne pas perdre du vue l'objet de votre démarche. Il ne s'agit pas de confronter les idées ou d'opposer les points de vues, cela viendra plus tard si besoin.

    Document à télécharger

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    Après ce que nous venons de vivre en France, je veux être optimiste et croire que la communauté éducative au complet, les parents, les enseignants, les éducateurs, les animateurs et toutes les personnes qui s'occupent d'enfants sauront agir auprès des jeunes pour montrer que ce qui nous rassemble est bien plus fort et bien plus important que tout le reste.

    Car la haine, ça suffit...

     L'amour est plus fort que la haine

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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