• Education: Autorité ou pouvoir ?

      Je suis parfois embarrassé lorsque j'entends une adulte (enseignante,animatrice, maman,...) me dire: "Je n'ai pas d'autorité sur ces enfants, ils le sentent bien. Quand je leur demande de respecter une consigne, ils continuent comme si je n'existais pas !"

    Souvent je questionne la personne:  

    C'est quoi avoir de l'autorité pour vous ?

    -C'est être écouté par les enfants lorsque je demande du calme,...

    Et je poursuis:

    -Comment faire pour avoir de l'autorité ?

    Ce à quoi on me répond bien souvent:

    -Je suis une femme, ma voix, mon gabarit,..... Un homme lui, sait se faire entendre !

    Ce positionnement signifierait que seules les personnes (les hommes) ayant une grosse voix et un gabarit conséquent peuvent avoir de l'autorité sur les enfants. halterophile4.gif

    Mesdames, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

    Plus sérieusement, même si certain(e)s ont des "prédispositions" pour se faire obéir des enfants , que l'on soit un homme ou une femme, il y a des éléments qui permettent d'acquérir ou de perdre son autorité, du moins c'est mon sentiment.

    Mais avant de poursuivre, ne confondons-nous pas quelquefois autorité et pouvoir ?

    Le pouvoir implique un rapport de force et de domination, l'autorité fait que l'autre vous reconnait comme étant légitime à la place que vous occupez.

    Un enfant peut avoir peur d'un adulte parce qu'il est balaise et qu'il a une grosse voix mais penser de lui qu'il n'est pas crédible car il ne tient pas ses engagements ou change d'avis souvent, etc....

    Dans ce cas il est possible que l'enfant obéisse seulement par peur ne reconnaissant, alors que le pouvoir de l'adulte. Cette pédagogie largement utilisé dans l'éducation des enfants a, sans doute, un effet éducatif très limité et ne correspond pas vraiment aux objectifs de mieux vivre ensemble.

     

    Pour alimenter la réflexion voici quelques extraits de l'ouvrage "De la Non Violence en éducation".

     - Extrait 1- P 57

    "Une éducation non-violente n'implique pas l'effacement de toute autorité de l'adulte. Pour structurer sa personnalité, l'enfant a besoin de se heurter à cette autorité.

    Il appartient à celui qui possède l'autorité de "se faire obéir".

    L'éducation doit apprendre l'obéissance à la loi, mais celle-ci ne saurait résulter d'un rapport de domination-sou- mission entre l'adulte et l'enfant.

    Il convient d'établir et de maintenir une distinction entre l'autorité et le pouvoir.

    Le pouvoir veut la domination, l'autorité recherche le consentement. Si le maître n'attendait de l'élève que la soumission, celui-ci n'aurait d'autre possibilité que de s'exprimer par l'insoumission. L'autorité de l'adulte doit prévaloir, mais à travers un processus de communication et de dialogue. Il faut permettre à l'enfant de s'approprier l'espace scolaire comme un lieu où il a droit à la parole, où celle-ci est entendue et prise en compte."

    Extrait 2 -P57

    "L'éducation doit s'efforcer de favoriser l'autonomie plutôt que la soumission, l'es- prit critique plutôt que l'obéissance passive, la responsabilité plutôt que la discipline, la coopération plutôt que la compétition, la solidarité plutôt que la rivalité.

    L'éducateur devra constamment faire valoir le rapport existant entre la loi et la justice. Les interdits de la loi n'ont d'autre visée que de garantir la justice, c'est- à-dire le respect des droits de tous et de chacun. Il faut que l'enfant éprouve personnellement, qu'il expérimente lui-même que son obéissance à la loi rend possible la vie harmonieuse de la communauté scolaire.

    L'enfant doit intérioriser  la "règle d'or" proposée par toutes les traditions spirituelles : ce que tu ne veux pas que l'on te fasse, ne le fais pas aux autres

    Pour le reste, si vous ne comptez pas vous astreindre à un programme intensif de musculation ou à un régime à base de testostérones ou d'hormones de croissance, voici quelques conseils qui peuvent vous aider à gagner en autorité(la liste n'est pas exhaustive):

     

    Garder son calme: Parler de manière posée et réfléchie, sans crier, avec des phrases courtes et concises.

    Soigner la posture /Le placement: Se tenir droit, éviter de se déplacer inutilement ou de manière désordonnée et de gesticuler. S'approcher à quelques mètres de, des enfants plutôt que de parler de loin.

    Travailler sa voix: Un ton ferme mais déterminé avec un niveau sonore approprié. Néanmoins, le fait de baisser d'un ton peut également aider à capter l'attention de l'autre.

    Un regard franc sans arrogance: Éviter le regard fuyant, regarder les enfants dans les yeux ou au niveau du visage sans insister(pas la peine de chercher à soutenir un regard). Si le message s'adresse au groupe,prendre soin de regarder l'ensemble et non pas un ou deux membres du groupe.

    Le respect des engagements: Menacer et jouer les terroristes en sachant pertinemment que vous ne pourrez pas mettre à exécution vos "menaces" ne sert strictement à rien, sauf à vous décrédibiliser. La première fois, ça peut marcher, mais après...

    Mettre en place un cadre: Règles, sanctions que l'on a pris le soin d'expliquer à l'enfant en dehors des situations de crises ou de rapports de force. Rien de tel pour gagner en autorité. Le sentiment d'injustice est très fort chez l'enfant. Si vous le rassurez, il aura confiance en vous.

    Être bienveillant autant que possible: L'autorité ne s'instaure pas seulement dans les moments ou l'adulte demande à l'enfant d'appliquer telle règle ou consigne, mais aussi pendant les autres temps (travail, récréation,...). Le discours que je tiens, l'attention que je porte à l'enfant, mes réactions dans toutes les autres situations, sont autant d'occasions de montrer de la cohérence dans ma démarche éducative et de renforcer ainsi mon autorité.

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