• Sans rancune

    C'est un sujet sur lequel je me suis beaucoup penché les premières années de mon cheminement vers la non-violence. J'ai eu du mal, au début, à m'avouer que, parfois, ma réaction face à un enfant était motivée par la rancune.

    Je me souviens particulièrement d'un petit qui m'avait fait la misère (comme on dit dans le sud ;-) durant un atelier et qui, à la fin de l'activité, était venu tranquillement me demander de lui faire son lacet. Encore très en colère, j'avais hésité, puis je m'étais exécuté non sans mal, en ajoutant quelque chose comme "tu ne sais pas faire ton lacet, à 7 ans ?" (mais tu sais bien m'embêter avais-je surement penséyes).

    De retour chez moi, je me suis mis à réfléchir sur cette situation. A l'époque, je commençais à peine à analyser mes pratiques éducatives. Et là, je mettais le doigt sur un sujet qui allait me donner du fil à retordre. Car, en vérité, mon attitude envers ce petit était celle d'une personne en colère qui n'avait pas su dire de manière positive son ressenti.

    Alors je rejouais la scène dans ma tête, comme j'aurais aimé qu'elle se déroule:

    L'enfant : -Marcel, tu peux me faire mon lacet ?

    Moi: - Oui... regarde comment je fais comme ça tu pourras essayer de le faire la prochaine fois. OK ?

    (et alors que je termine le lacet)

    C'était difficile pour moi de te parler tout à l'heure. Qu'est-ce qui s'est passé selon toi ?

    -Je sais pas...

    -J'avais vraiment besoin d'écoute et ça ma mis en colère d'être obligé d'arrêter la séance plusieurs fois parce que tu faisais du bruit. J'aimerai que la prochaine fois tu sois à l'écoute, d'accord ?

    -Oui...

    -Merci. On fera mieux la prochaine fois, j'en suis sûr.

    L'analyse de mes pratiques m'a donc permis de me rendre compte à quel point il était difficile pour moi de prendre conscience de mon ressenti et de l'exprimer à l'enfant. Et avouer, m'avouer que je ne parvenais pas à dépasser un ressentiment, moi l'adulte, alors que je demandais tant de fois aux enfants de le faire, n'a pas été facile. Pourtant l'enfant y parvenait tellement souvent. N'étais-je pas capable de faire aussi bien ?

    Alors j'ai travaillé méticuleusement, patiemment, tout d'abord à dire ce que je ressentais. Puis je me suis rendu compte que ça me faisait du bien et que cela me permettait d'envisager le dialogue avec l'enfant sous un angle plus favorable. Donc, moins de tension et de risque de ressentiment.

    J'ai aussi appris à sentir quand je n'étais pas prêt à recevoir la demande de l'enfant, et à l'exprimer simplement : "Je suis en colère et j'ai besoin d'un peu de temps avant de te pouvoir t'écouter. Je reviens te voir rapidement. Merci".

    Peu à peu, motivé par mon public, j'ai presque réussi - au moins de temps en temps - à égaler le maître (l'enfant).

    Au bout du compte, cela me permet de vivre de très bons moments dans mes activités et d'être très souvent en phase avec cet enfant qui excelle dans le domaine de l'oubli et du pardon.

    Une grande leçon de bonté et d'humanité, ça ne se refuse pas, surtout venant d'un enfant.

    « Désarmer notre regard sur l'enfantIl y a quelque chose cachée derrière... »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :