Peut-on faire l'économie de la non-violence en éducation ?
Nous sommes au collège, en classe de 5e, la sonnerie vient de retentir depuis quelques minutes. Les élèves se rangent, par petit groupe, devant la classe, sous l'oeil attentif de madame la Professeure. Bien qu'elle ait le sourire aux lèvres, son regard soutenu balaye le rang qui se forme lentement devant elle. Elle ne dit rien, se tient là bien droite perchée sur des chaussures souples à petits talons. On dirait qu'elle attend. Puis, d'une voix posée, notre professeure lâche "Bonjour ! J'attends le calme s'il vous plait". La plupart des 28 élèves cessent de chahuter, sauf quelques-uns qui poursuivent comme si ils n'avaient rien entendu.
Elle invite alors les élèves à pénétrer dans la salle de classe, répondant ça et là aux formules de politesse qui lui sont adressées, avec sympathie. Soudain, elle s'avance devant la porte, bloquant l'entrée à un petit groupe de 4 garçons qui s'apprêtaient à suivre leurs camarades.
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"Qu'est-ce que vous n'avez pas compris ?" leur adresse-t-elle d'une voix rugueuse. Un des jeunes laisse s'échapper un rire étouffé, puis un silence lourd et pesant s'installe pendant plusieurs secondes. À l'intérieur les autres élèves attendent debout devant leur chaise, certains bavardant à voix basse, d'autres, se laissant aller à moins de discrétion.
"Êtes-vous assez calme pour vous mettre au travail ?" dit l'enseignante aux quatre agités "Oui, madame" répondent-ils, d'une voix amusée. D'un pas lent et appliqué, madame la professeure se décale légèrement sur la gauche, libérant l'entrée de la classe. Les garçons entrent les uns après les autres suivis de l'enseignante qui ferme la porte.
Après quelques rappels à l'ordre, le cours commence dans un calme relatif. La professeure, tel un chef d'orchestre, donne la mesure et règle la cadence. Elle questionne, montre, démontre, explique, répète encore et encore, encourage, rage quand un élève s'amuse à se balancer bruyamment sur sa chaise. Puis, de temps à autre, sans s'interrompre, la "prof" se dirige, marqueur en main, vers le petit *tableau de droite et écrit le prénom d'un élève. On entend alors, " Madame, pourquoi moi ?". Cette question restera sans réponse. Les situations pédagogiques s'enchainent et notre infatigable chef d'orchestre bat la mesure, luttant contre le temps qui passe et qui se perd souvent en futilité. L'un n'a pas son cahier, l'autre a perdu son stylo et ce dernier ne sait tout simplement pas ce qu'il faut faire.
Imperturbable, elle lance, sans crier, aux élèves démunis : " Faites votre travail, c'est tout ce que je vous demande ! Des élèves de 5e doivent pouvoir régler ce genre de problème sans l'aide de leur maman !" Puis, le cours se poursuit de plus belle. "Qu'avez-vous retenu de ces 25 minutes de cours ? Prenez une demie-feuille, marquez votre nom, votre classe et écrivez votre réponse en faisant une phrase, s'il vous plait . Ce n'est pas noté. Par contre si vous n'écrivez rien, votre note de participation sera amputée d'un point".
Alors que la professeure arpente la salle, passant au milieu des élèves dont certains sont déjà au travail, alors que d'autres cherchent encore à régler leurs problèmes. L'un deux aperçoit son nom sur le tableau de droite parmi trois autres noms. Au total 4 élèves devront déposer leur carnet sur le bureau de madame la professeur avant de sortir de la classe, c'est la règle. À moins qu'ils se "tiennent à carreau" jusqu'à la sonnerie. Et peut-être verront-ils l'enseignante effacer leur nom, signe d'un bon comportement.
Le temps s'écoule et la fin de la séance arrive...
"Rangez vos affaires, la sonnerie va retentir ! Je vous félicité pour votre travail. Aujourd'hui nous n'avons pas beaucoup perdu de temps. Bravo et merci ! N'oubliez pas de déposer vos carnets sur mon bureau si votre nom figurent au tableau !"
Finalement, le cours se termine sans que notre professeure n'ait eu à sortir de ses gongs, ni à menacer, ni à terroriser l'ensemble des élèves, ni même à punir. Car je l'ai appris un peu plus tard, les élèves qui ont déposé leur carnet en partant, devront venir le récupérer à la récréation ou à la fin des cours. Ils recevront un petit avertissement verbal et un rappel aux règles.
Gérer une classe ne s'improvise pas. C'est beaucoup d'énergie et de préparation. Le tout, pour le professeur, est de trouver la méthode qui convienne le mieux à son caractère et à sa personnalité.
"Le pouvoir veut la domination, l'autorité cherche le consentement" Jean-Marie Muller
* Petite précision concernant l'utilisation du tableau de droite: Tout élève qui dérange la classe voit son nom inscrit sur le tableau. Le nom peut être effacé si l'élève ne se fait plus remarquer. Par contre si la professeure ajoute une barre à côté d'un nom, cela signifie que l'élève a peu de chance de s'en sortir sans observation (mais cela reste toujours possible).