Peut-on faire l'économie de la non-violence en éducation ?
"Je ne parle pas comme les autres, ne me déplace pas comme les autres, ne réagit pas comme les autres, ne comprend pas comme les autres, ne joue pas comme les autres, ne rie pas comme les autres,… .
Et pourtant, j’ai beaucoup de points communs avec ces autres, mais ça ne suffit pas pour leur ressembler.
Ce sont mes différences que l’on veut voir, seulement elles. Et c’est par elles que l’on me définit. Pourquoi ? Pour m’aider ? Ou est-ce pour me faire comprendre, à moi et aux autres, que ce n’est pas normal d’être comme je suis?
Mes différences inquiètent, elles font peurs comme si elles étaient contagieuses. L’un se moque, l’autre recul, m’évite comme si j’étais un pestiféré, un monstre.
Je lis dans vos yeux ce que je suis pour vous.
Je ne comprends pas tout mais je ressens beaucoup de chose, comme le dégoût, l’indifférence, mais aussi… l’amour.
L’amour c’est chaud, c’est doux, ça me fait du bien. Les yeux qui se posent sur moi, quand ils sont plein d’amour, me font un effet joyeux. Je me sens soudain presque... normal. Car les yeux de l’amour ont un pouvoir étonnant, ils vous renvoient une image très belle de vous. On dirait qu’ils gomment tout ce qui est sans importance pour ne garder que l’essentiel, ce que je suis vraiment : un enfant.
À force de me qualifier, de me nommer, de me présenter par mes pathologies et de faire disparaître tout ce que je suis en dehors de ce qui vous intéresse, vous semblez oublier qui je suis.
Si vous enlevez ma lenteur, mon bégaiement, si vous supprimez les bruits que je fais avec ma bouche quand je suis stressé, les balancements de mon corps d’avant en arrière lorsque je me sens nerveux, mon regard dans le vague qui cherche à fuir toute cette agitation autour de moi, si vous enlevez tout ça, que reste-t-il ? Un enfant. Vous le voyez maintenant ? Vous le reconnaissez ? C’est ce que vous attendiez ? Cela vous rassure-t-il ou puis-je faire autre chose pour coller à cette normalité sans laquelle vous ne semblez pas pouvoir vivre ?
Vous savez quoi ? Allez au diable vous et votre normalité, je n’en veux pas !
Je reprends ma lenteur, mes bégaiements, mes balancements, mes bruits, mes regards et tout ce que je suis car si vous m’acceptez sans tout mon « attirail », si vous m’aimez sans tout cela, alors, ce n’est pas moi que vous aimez,… C’est VOUS !
Cela vous flatte de me voir vous ressembler ? Je suis des vôtres à présent ?
Alors j’ai le droit de vivre NORMALEMENT !
Pauvres fous ! Car oui c’est vous qui êtes fous de croire que l’on peut vivre en faisant semblant d’être un autre... sans devenir fou !"