Peut-on faire l'économie de la non-violence en éducation ?
Dans notre pays (et au delà) la différence fait peur.
Pourtant nos sociétés occidentales semblent très enclin à l'ouverture et ce depuis plusieurs années. On entend très fréquemment dire dans les médias et dans les discours officiels que chacun doit pouvoir vivre sa différence, que l'humanité, toute l'humanité est issue de la diversité, etc,etc... .
Mais dans la réalité du quotidien, chacun peu se rendre compte que ce n'est pas gagné.
Certes les lois bougent et les droits tendent à s'équilibrer mais dans la pratique les inégalités demeurent parfois de manière très forte et dans l'esprit des gens certains préjugés semblent indéracinables tant ils sont ancrés dans leurs croyances.
La peur nous pousse à rejeter et parfois à détester cet autre que l'on connait finalement que trop mal, ce qui est d'autant plus terrible et injuste.
Quel gâchis !
On ne connait pas et pourtant... on juge. Ce noir, cet autre habillé bizarrement, cette femme debout à l'arrêt de bus qui se balance d'avant en arrière, cette maman voilée avec son enfant dans les bras, ce monsieur énorme qui peine à se déplacer, cet ado avec sa main atrophiée et son visage déformé, ce type pris de bégaiement, ce gars barbu avec ses mèches et son drôle de chapeau sur la tête, cette fille toute maigre et tatouée, ce jeune assis par terre faisant la manche avec son chien,... et je pourrais continuer à énumérer toute les personnes ou plutôt devrais-je dire toutes les catégories de personnes que nous croyons connaitre juste parce qu'elles cochent les cases pré-établies dans notre esprit.
Le plus souvent, on ne cherche même pas à vérifier si nos préjugés collent à la réalité. Pas le temps, pas envie, pas le courage, peut-être aussi la peur d'être... déçu ? Imaginez qu'on soit obligé de remettre en questions nos idées reçues. Brrrrrrrrr j'en tremble d'avance...
C'est dans ce contexte que notre société prône l'inclusion, mot plein de vertu qui vise donc à inclure dans notre "beau monde normal" ce qui, à nos yeux, ne l'est pas vraiment. Toutes ces catégories qui sortent de la norme fixée par la société et que nous devons essayer de traiter avec égalité et respect. Quelle prouesse !
On aurait envie d'y croire non ? Mais là encore la réalité se rappelle à nous. Nous vivons dans une société qui développe à outrance le culte de la performance, de la beauté, de la force, de l'intelligence et tutti quanti. Et de l'adversité !
Autrement dit "Que ceux qui se ressemblent s'assemblent, et que le meilleur gagne !"
Et alors que nous sommes en pleine course vers la performance, on nous demande d'inclure ces autres. C'est qu'on est déjà nombreux, nous les "normaux". Il faudrait aussi savoir, on performe ou on fait du social ?
“Dès que l’on m’accepte tel que je suis, je change ; voilà un curieux paradoxe.” Carl Rogers
Le plus bel exemple de ce défi gigantesque c'est peut-être l'école. Inclure tous les enfants avec la même méthode éducative et pédagogique pour tous. Demander à tous les élèves, quel que soit leurs différences, de s'adapter aux rythmes scolaires, à l'environnement, aux programmes, aux élèves, aux professeurs, aux différentes manières d'enseigner, en se conduisant le plus normalement que possible. Mais, qu'ils se rassurent, on leur donnera quand même un coup de main.
C'est un peu comme si vous demandiez à un poisson de grimper à un arbre... en lui faisant la courte échelle !
Et pourtant nous aurions beaucoup à gagner à remettre en question nos formats d'apprentissage pour qu'il soit plus accessible, plus perméable à la différence. Car cette différence fait partie intégrante de nous et de notre société, qu'on le veuille ou non.
"...si on s'essayait à survoler ensemble ce vaste nid de coucous qu'est l'humanité en décrivant chaque individu par un seul de ses aspects, on en conclurait qu'on est sans doute bons pour l'asile..." Gringe (Le monde déc 2020)
Aveuglés par notre soucis de performance et de réussite, on en oublie, bien malheureusement, notre fragilité et par la même notre humanité.
Pourtant j'ai bon espoir de voir les normes bouger au point qu'elles ne représenteront plus un obstacle infranchissable pour notre société qui pourra alors penser à autre chose de plus essentiel qu'à cette normalité qui n'est qu'un concept inventé "pour justifier l'existence d'une anormalité et son rejet"Charles Gardou
Et je finirai en paraphrasant Monsieur Edouard Herriot:
“Appuyons-nous sur les - normes -, elles finiront toujours par céder.”
Voir les articles connexes sur ce blog:
http://nhnp.ek.la/bebete-le-roi-des-prejuges-a142841342
http://nhnp.ek.la/la-discrimination-a-l-ecole-p689601
http://nhnp.ek.la/mes-articles-c24426063/2
Au delà de ce blog: